mercredi 7 décembre 2016

Quand la nuit devient jour - Sophie Jomain


Quatrième de Couverture :
On m’a demandé un jour de définir ma douleur. Je sais dire ce que je ressens lorsque je m’enfonce une épine dans le pied, décrire l’échauffement d’une brûlure, parler des nœuds dans mon estomac quand j’ai trop mangé, de l’élancement lancinant d’une carie, mais je suis incapable d’expliquer ce qui me ronge de l’intérieur et qui me fait mal au-delà de toute souffrance que je connais déjà.
La dépression.
Ma faiblesse.
Le combat que je mène contre moi-même est sans fin, et personne n’est en mesure de m’aider. Dieu, la science, la médecine, même l’amour des miens a échoué. Ils m’ont perdue. Sans doute depuis le début.
J’ai vingt-neuf ans, je m’appelle Camille, je suis franco-belge, et je vais mourir dans trois mois.
Le 6 avril 2016.
Par euthanasie volontaire assistée.
Avis :
Un roman sur lequel il est difficile de donner un avis. Pour plein de raison.
Le sujet tout d'abord. C'est un sujet complexe, délicat, difficile. Difficile pour un auteur d'en parler. Difficile pour le lecteur de s'en dégager. Difficile pour les personnes concernées.
La dépression, son cercle vicieux, la boulimie, l'anorexie... et enfin l'euthanasie.

L'auteur commence par nous retracer - plutôt rapidement - l'histoire de Camille.
Comment, insidieusement, elle est happée par la dépression et n'arrive plus à s'en sortir. Petit à petit, sa descente aux enfers s'aggrave. Personne ne voit rien jusqu'à ce qu'il soit trop tard. On ne peut pas l'aider, elle-même ne sait pas ce qui pourrait l'aider.
Jusqu'à sa décision. Son choix : en finir avec cette douleur qui, de morale, est devenue physique.
Commence alors un autre parcours douloureux : les démarches pour être acceptée dans ce genre de programme et faire accepter sa décision à ses proches.

On va beaucoup suivre Camille une fois sa décision prise. Comme elle, on va se heurter à la violence de ses proches qui ne comprennent pas, qui ne veulent pas. Camille ne sait pas dire ce qu'elle pense réellement et sa mère, surtout, refuse. La violence des mots entre les deux est inouïe et fait mal, alors que l'on est simple spectateur de la scène.

J'ai vraiment eu la sensation que l'auteur avait su mettre les mots sur ces douleurs, physiques, morales, familiales. Toutefois, tout est très rapide. Presque trop.
En comparaison, la vie de Camille au centre, ses "derniers jours", paraissent trop convenus. Elle ne met pas se temps à profit pour faire le point ou autre. Elle est plutôt dans une perspective d'attente passive. Ce sont les autres qui s'agitent. Elle n'est pas sereine pour autant, bien qu'elle soit en paix avec sa décision. Mais l'auteur a alors choisi de faire bouger les choses autour de son héroïne sans réellement impliquer celle-ci.

La fin m'a... surprise je dirai. Ma première réaction à été de me demander "à temps ou trop tard ?", mais ensuite je me suis mis, non à la place de Camille, mais de l'autre. Et j'ai trouvé alors Camille profondément injuste et égoïste. Elle fait peser un poids immense sur les épaules d'une personne qu'elle dit apprécier, aimer même. Mais peut-on vraiment en demander autant ? Peut-on faire peser un tel fardeau sur l'autre ?

Au final, je ne sais pas trop quoi en penser.
Mais ce livre a le mérite d'exister. De faire réfléchir, de ramener le sujet sur le devant de la scène. De provoquer la discussion. Et rien que pour ça, il mérite une place au soleil (oui j'ai conscience de l'ironie de cette phrase dans un tel contexte, quand la dépression est qualifiée de nuage noir...)

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